§5 — Il faut des instruments réglementaires adaptés pour préserver la justice et limiter le pouvoir technologique, désormais exercé surtout par des acteurs privés transnationaux plus puissants que bien des gouvernements.

INTRODUCTION › Les res novae de notre époque

Le texte du paragraphe — §5

Maintenant c’est à nous de relever avec lucidité et responsabilité les défis de notre époque. Il est nécessaire d’adopter des instruments réglementaires adaptés, capables de préserver la justice et de limiter les effets perturbateurs du pouvoir technologique. Mais la question ne se limite pas à la réglementation. Comme l’a souligné le Pape François, il faut se demander avec réalisme qui détient aujourd’hui ce pouvoir et à quelles fins il l’utilise : « Nous ne pouvons pas ignorer que l’énergie nucléaire, la biotechnologie, l’informatique, la connaissance de notre propre ADN et d’autres capacités que nous avons acquises […] donnent à ceux qui ont la connaissance, et surtout le pouvoir économique d’en faire usage, une emprise impressionnante sur l’ensemble de l’humanité et sur le monde entier ». Par le passé, c’étaient surtout les États qui guidaient et orientaient l’innovation. Aujourd’hui, en revanche, les principaux moteurs du développement sont des acteurs privés, souvent transnationaux, dotés de ressources et de capacités d’intervention supérieures à celles de nombreux gouvernements. Le pouvoir technologique prend ainsi un visage inédit, essentiellement privé, et donc d’autant plus difficile à cerner, à réguler et à orienter vers le bien commun.

Les affirmations qu’il éclaire

Laurent Alexandre

  • Opposition — Freiner l’IA est impossible et laisserait la Chine dominer : Le pape affirme la nécessité d’une réglementation capable de limiter les effets perturbateurs du pouvoir technologique, là où Laurent Alexandre la considère comme une illusion impossible ; il déplace toutefois la question vers celle de savoir qui détient ce pouvoir et à quelles fins.
  • Nuance — La classe politique ignore la technologie et doit rester aux mains des humains : L’encyclique confirme que le pilotage de l’innovation n’est plus assuré par les États mais par des acteurs privés aux capacités supérieures à celles des gouvernements, ce qui rend le pouvoir technologique difficile à cerner et à orienter vers le bien commun : le pouvoir politique y apparaît affaibli plutôt que simplement confié aux humains.

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