§140 — Les processus éducatifs exigent du temps et de la patience : toute technologie éduque, il faut apprendre à décider quand ne pas utiliser l’IA, jeûner de l’IA et protéger les jeunes de la séduction de la machine parfaite qui fait paraître inutile la pensée humaine.
Chapitre 4 - Préserver l’humain dans la transformation - Vérité, travail, liberté › La vérité comme bien commun › Une alliance éducative pour l’ère numérique
Le texte du paragraphe — §140
Au contraire, les processus éducatifs ont besoin de temps de croissance, d’une confrontation avec la réalité au-delà des apparences et d’un cheminement patient. La question est fondamentale, car toute technologie éduque ceux qui l’utilisent. Éduquer à l’utilisation de l’IA implique donc d’éduquer à décider quand et pourquoi ne pas l’utiliser. La rapidité et la facilité avec lesquelles on obtient une réponse ou une synthèse risquent d’éteindre le désir de poser des questions, qui ne porte ses fruits qu’avec le temps. Comme l’écrit Platon, les choses les plus profondes et les plus importantes ne s’apprennent qu’après beaucoup de temps et d’efforts, en s’engageant dans la discussion avec les autres pour “frotter” les concepts et les expériences comme s’il s’agissait de silex, jusqu’à ce que jaillisse en nous l’étincelle de la compréhension. Nous devons nous éduquer à jeûner de l’IA et protéger nos jeunes de la promesse de la machine parfaite, de cette séduction subtile qui fait paraître inutile la pensée humaine précisément au moment où elle est la plus nécessaire.
Les affirmations qu’il éclaire
Laurent Alexandre
- Opposition — L’IA doit personnaliser l’enseignement et devenir une formation obligatoire : Le pape s’oppose à l’idée d’une formation obligatoire à l’IA dès l’enfance : il demande de protéger les jeunes de la promesse de la machine parfaite et d’éduquer à ne pas l’utiliser quand cela nuit à la pensée, ce que la généralisation d’un accompagnement par l’IA rendrait précisément inutile.
- Nuance — Prompter soi-même préserve l’effort intellectuel : Le pape rejoint l’inquiétude pour l’acte intellectuel, mais pose une condition que l’affirmation ne contient pas : la rapidité des réponses obtenues par l’IA risque d’éteindre le désir même de questionner, et il faut s’éduquer à jeûner de l’IA, c’est-à-dire à décider quand et pourquoi ne pas l’utiliser.