§36 — Dans Octogesima adveniens, Paul VI transpose la Doctrine sociale à la société post-industrielle : l’Évangile fournit des critères pour reconnaître ce qui humanise ou déshumanise, et les structures économiques doivent être jugées à partir de ceux qui en sont écartés.
Chapitre 1 - UNE PENSÉE DYNAMIQUE FIDÈLE À L’ÉVANGILE › L’évolution du Magistère social de Léon XIII à nos jours › Les années du Concile Vatican II
Le texte du paragraphe — §36
Dans l’ Octogesima adveniens écrite à l’occasion du 80 e anniversaire de Rerum novarum, Paul VI transpose cette perspective dans la société post-industrielle, marquée par des transformations urbaines, de nouvelles formes de pauvreté, des changements dans le travail et des mutations culturelles rapides remettant en question l’avenir des personnes et des communautés. Pour Paul VI, l’Évangile, bien qu’il ait été « annoncé, écrit, vécu » dans un contexte historico-culturel très différent du nôtre, n’est pas un message dépassé, mais une vision de la personne humaine, des relations, de l’autorité et du bien commun capable d’orienter encore aujourd’hui les choix économiques, politiques et culturels. En d’autres termes, l’Évangile reste d’actualité car il fournit les critères permettant de reconnaître ce qui humanise ou déshumanise, ce qui libère ou opprime au sein de situations sans cesse renouvelées. Pour la Doctrine sociale de l’Église, l’héritage le plus exigeant de Paul VI est précisément celui-ci : tant qu’il y aura dans le monde des peuples exclus d’un développement digne de l’être humain, la communauté chrétienne ne pourra se contenter de proclamer la paix de manière abstraite, mais devra laisser l’Évangile juger ces structures économiques et politiques à partir de ceux qui en sont écartés. Celles-ci, comme devait le rappeler Jean-Paul II, peuvent devenir de véritables « structures de péché », afin qu’aucune personne ni aucun peuple ne soit traité comme sacrifiable dans les processus de développement.
Les affirmations qu’il éclaire
Laurent Alexandre
- Nuance — Le versant social et humaniste du progrès technologique reste à travailler : L’encyclique rejoint Laurent Alexandre sur la nécessité d’un versant humaniste du progrès, mais elle n’est pas en attente de critères : l’Évangile fournit déjà ceux qui permettent de distinguer ce qui humanise ou déshumanise dans des situations sans cesse renouvelées, et les processus de développement ne doivent jamais traiter une personne comme sacrifiable.