§51 — La dignité de la personne ne doit pas être occultée par l’idéologie qui fait mériter sa valeur par l’efficacité et la performance, la personne étant une fin en soi dont la valeur ne dépend pas de ce qu’elle produit.

Chapitre 2 - FONDEMENTS ET PRINCIPES DE LA DOCTRINE SOCIALE DE L’ÉGLISE › Les fondements de la Doctrine sociale › L’égale dignité de tous les êtres humains

Le texte du paragraphe — §51

Saint Jean-Paul II affirmait que « le sens le plus aigu de la dignité de la personne humaine et de son unicité, comme aussi du respect dû au cheminement de la conscience, constitue une acquisition positive de la culture moderne ». Cette affirmation s’inscrit dans la lignée déjà tracée par le Concile Vatican II qui avait constaté une prise de conscience croissante de la dignité sublime de chaque personne, de sa valeur supérieure aux choses et de ses droits et devoirs universels et inviolables. Il est important de veiller à ce que cette prise de conscience croissante de la dignité humaine ne soit pas occultée sous la pression de nouvelles idéologies ou de certains intérêts très puissants dans le monde d’aujourd’hui. Parmi ces idéologies, je considère comme particulièrement insidieuse celle qui laisse entendre que chaque personne devrait mériter ou justifier sa propre valeur, au point d’attribuer un plus grand prix à celles qui sont les plus efficaces et les plus performantes. Dans une telle perspective, la personne finit par être réduite à un moyen pour obtenir des résultats, à une ressource à utiliser ou à exploiter, et n’est plus reconnue comme une fin en soi, jamais à instrumentaliser. Or la valeur de la personne ne dépend pas de ce qu’elle réalise ou produit, et il existe des droits qui sont dus à tous du simple fait d’être des personnes. Aucun pouvoir humain ne peut légitimement les nier ou les limiter arbitrairement.

Les affirmations qu’il éclaire

Laurent Alexandre

  • Opposition — L’IA accroît les inégalités mais leur coût peut baisser : Le pape conteste le présupposé qui attribue un prix supérieur aux plus performants : la valeur de la personne ne dépend pas de ce qu’elle réalise, et des droits lui sont dus du simple fait d’être personne, ce que le partage des gains de l’IA au profit des plus doués ne peut justifier.
  • Opposition — L’IA divise l’humanité entre adaptés et laissés pour compte : L’encyclique refuse le clivage entre ceux qui tirent leur valeur de leur efficacité et les laissés pour compte : la personne réduite à un moyen de résultat n’est plus reconnue comme fin en soi, et aucun pouvoir humain ne peut limiter les droits dus à tous.

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